Événement de levées de dons : les dessous du succès (1/2)

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Plus de 2 300 000€ récoltés : voilà le résultat de huit événements de levées de dons orchestrées par Obole Digitale depuis fin septembre, pour 20 associations et 62 projets solidaires et innovants !

Le plus souvent, les montants collectés dépassent la somme escomptée, parfois dans des proportions phénoménales. De quoi faire briller les yeux de milliers de dirigeants d’associations et de fondations, de porteurs de projets, de donateurs, de sponsors, d’organisateurs, d’animateurs et même de techniciens.

« Nous espérions 100 000 € et vous nous avez donné 183 000 € ! Ce ne sont pas 1 grenier mais 2 greniers que nous allons construire au Sénégal, pas 1 village mais 2 villages que nous allons électrifier au Cambodge, pas 500 mais 800 micro-entrepreneurs que nous allons soutenir en Sierra Leone », écrit, estomaquée, l’ONG Entrepreneurs du Monde début novembre, sur son profil LinkedIn, après la soirée de levée de dons Pitch&Give.

La magie du travail bien fait

Un tel succès relève-t-il de la magie dans un contexte morose de crise des dons ? Ou tout du moins, d’une curieuse anomalie à l’heure où la générosité globale des Français diminue pour la première fois depuis 10 ans (baromètre France Générosités 2018) ? Ces événements de levées de dons s’apparenteraient-elles à d’étranges extraterrestres éphémères surgis de nulle part ? Une parenthèse insaisissable ? Une bulle nébuleuse ? Une bouffée d’oxygène due au hasard ?

Éléments de réponses avec Claire d’Harcourt, salariée d’Obole Digitale chef de projet pro bono sur la désormais réputée Nuit du Bien Commun.

Notons que les événements de levées de dons peuvent rassembler plusieurs associations exposant un ou plusieurs projets (format de La Nuit du Bien Commun) ou présenter plusieurs projets portés par une seule organisation (format de La Grande Soirée pour l’eau de l’association Vision du Monde). Ils s’effectuent la plupart du temps en soirée, mais peuvent aussi faire l’objet d’un déjeuner ou d’un dîner.

OBOLE DIGITALE ET LA NUIT DU BIEN COMMUN

Obole Digitale est le partenaire majeur de La Nuit du Bien Commun. La jeune entreprise mobilise bénévolement une grande partie de ses équipes pour monter l’événement de A à Z.

Obole Digitale fait également partie des origines de la première et plus grande soirée de levées de dons en France. La Nuit du Bien Commun a été lancée en 2017 par un trio comprenant notamment Stanislas Billot de Lochner, co-fondateur d’Obole Digitale. Ainsi que Thibault Farrenq, devenu associé de la start-up.

La Nuit du Bien Commun est quant à elle portée par un fonds de dotation indépendant, organisme de mécénat réalisant une mission d’intérêt général (œuvre à caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial ou culturel).

Claire, cheville ouvrière de La Nuit du Bien Commun, en compagnie des 3 fondateurs de la soirée, Thibault et Stanislas d’Obole Digitale ainsi que Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox
crédit : François-Régis Salefran

La 3e édition de la Nuit du Bien Commun a permis de lever 1 100 000€ au profit de 12 associations, le 19 novembre dernier, au théâtre Mogador. C’est presque le montant des éditions 2017 et 2018 réunies (592 000€ puis 675 000€ avaient été collectés). Comment expliquer un tel succès ? 

Ce n’est pas magique ! Rien n’est dû au hasard. Nos équipes ont travaillé d’arrache-pied pendant 9 mois : constitution du comité de soutiens composé de grands donateurs, recherche de sponsors, appel à projets associatifs, pré-sélection puis choix final des associations lauréates devant un jury, préparation des pitcheurs et media-training, organisation et montage de l’événement, gestion des inscriptions, communication… et le travail n’est pas encore fini.

De fait, plus d’un million d’euros ont été levés mais pas encore récoltés… 

En effet. Nous revenons auprès de chaque donateur, pour transformer leurs promesses de dons très rapidement après l’événement. Concrètement, nous envoyons un mail personnalisé à chacun, si aucune somme n’a déjà été reversée : « Merci pour votre générosité. Vous vous êtes engagés à donner telle somme à telle association. Voici comment convertir votre don… » Nos levées de dons, c’est quasi 100% de promesses transformées, dans un délai maximum de 2 mois.

Comment tracez-vous les dons ? 

Pendant l’événement, chaque donateur tient en main un panneau où est inscrit un numéro. Telle une carte d’identité. Dès qu’il lève son panneau pour promettre un don, nous notons le numéro en régie en face de l’association bénéficiaire. Comme chaque numéro est rattaché à un donateur, nous pouvons aisément associer a posteriori telle promesse de tel donateur à telle asso.

"Chaque donateur tient en main un panneau où est inscrit un numéro. Telle une carte d'identité."
crédit : François-Régis Salefran

Nos événements
de levées de dons,
c’est quasi 100%
de promesses
transformées

Vous évoquez la régie. Des événements de levées de dons comme La Nuit du Bien Commun demandent un appui logistique précieux ? 

Clairement, surtout dans un écrin aussi remarquable que le théâtre Mogador. Mais quels que soient l’endroit et l’envergure de l’événement de levée de dons, le travail en régie est essentiel : nous fignolons le son, la lumière, les images projetées à l’écran… Chaque détail compte.

Tout s’apparente à une mise en scène. Ne manipule-elle pas quelque peu les donateurs ?

Non. Nous ne cherchons pas à faire du chiffre. Ce qui nous meut, c’est intéresser chaque donateur. Qu’il se sente totalement partie prenante et non simple spectateur. Prenons les jeux de lumière et les ambiances qu’ils provoquent. Lorsque le porteur de projet pitche, la salle est plongée dans l’obscurité, la lumière tamisée sur le pitcheur. Lors de la levée de dons, la salle est éclairée. D’une, ça fait très pro. De deux, c’est comme dans une salle de cinéma : chacun est embarqué dans ce qui se passe sur scène et autour de soi.

Quid du son ? 

Chaque pitcheur arrive sur scène sur fond musical. Ces jingles donnent du dynamisme, cassent le rythme et plongent aisément les porteurs de projet dans cet exercice difficile qu’est le pitch.

« Deux à trois photos par projet s’affichent pour marquer les esprits »
crédit : François-Régis Salefran

Les projets pitchés sont-ils illustrés ? 

Oui, deux à trois photos par projet. Elles sont affichées pour marquer les esprits, pour figurer les propos du pitcheur. Surtout pas de texte : ça déconcentrerait le public et focaliserait l’attention ailleurs que sur le pitch, élément central de la levée de dons. Pendant celle-ci, un écran montre la salle, pour voir les panneaux se lever et éviter de tourner la tête. Tels les écrans dans un stade de foot qui concourent à une atmosphère de fête et de liesse populaire dès qu’un but est marqué.

C’est tout à fait l’impression que donne la jauge des dons projetée sur les écrans… 

Tout à fait. C’était la grande nouveauté de cette 3e édition de La Nuit du Bien Commun. Obole Digitale l’a développée et compte bien l’utiliser à chaque événement de levée de dons, tellement son impact est fort.

De quoi s’agit-il précisément ?

Représentons-nous un rectangle posé à l’horizontal au milieu de l’écran. Au début de la levée de dons de chaque asso, ce rectangle est vide. Il figure l’objectif chiffré à atteindre pour financer le projet présenté : 60 000€ par exemple. Il se remplit petit à petit, en temps réel, à mesure qu’affluent les promesses de dons. Le pourcentage par rapport à l’objectif s’affiche aussi. Puis la levée de dons arrive à son terme. Imaginons que la jauge est remplie à 90%. Quelle émulation alors dans le public, pour que le rectangle soit plein ! Et ça marche : les dons se poursuivent.

crédit : François-Régis Salefran

Plus le pitch
a d’impact,
plus les dons
abondent

Vous dites que le pitch est l’élément central de l’événement de levée de dons. En quel sens ?

Au bout de trois éditions de La Nuit du Bien Commun et de plusieurs autres événements de levées de dons depuis un an, nous pouvons assurer ceci : plus le pitch a d’impact, plus les dons abondent. Plus cette courte présentation des projets soumis à financement est dynamique, concrète et humaine, où l’on voit à quoi servent les dons, à qui ils rendront service, mieux c’est. Plus le pitcheur est drôle et, en même temps, peut décocher quelques phrases chocs, pour toucher les consciences et mobiliser, mieux c’est.

Les porteurs de projet sont-ils préparés à cet exercice si capital ? 

Nous les préparons systématiquement. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais parlé sur scène ou n’ont jamais eu l’occasion de présenter leurs projets ou leur association en moins de 4 minutes top chrono. Ce, avec un vocabulaire accessible et impactant. Dans le cas bien particulier de La Nuit du Bien Commun, nous offrons aux pitcheurs un accompagnement collectif et individuel animé par des professionnels.

Vous voyez la différence après ces séances ? 

Vraiment : parfois, nous assistons à des changements incroyables. Nous trouvions ainsi une pitcheuse assez agressive avant notre accompagnement. Elle manquait de tact alors qu’elle portait des projets délicats. Elle nous a scotchés lors de son passage sur scène le 19 novembre. Pas que nous apparemment : la collecte a été ensuite excellente.

Propos recueillis par Vianney Repain

Relance des donateurs, mise en scène, préparation des pitcheurs sont autant de clés pour comprendre le succès des événements de levées de dons, fruit d’un travail long et rigoureux. Découvrez ici d’autres explications et de nouvelles anecdotes, dans la deuxième et dernière partie de l’entretien. Vous saurez également comment les associations lauréates sont sélectionnées. Qui sait ? Vous sauterez peut-être le pas dès le printemps prochain lors de l’appel à projets de La Nuit du Bien Commun 2020 ! 

Association, vous voulez être projetée sur ces écrans l’an prochain ?
Candidatez dès février 2020 sur lanuitdubiencommun.com !
crédit : François-Régis Salefran
y a de la joie à rechercher des fondsPlus d'un million d'euros ont été collectés à la 3e édition de La Nuit du Bien Commun