Événement de levées de dons : les dessous du succès (2/2)

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Plus de 2 300 000€ récoltés : voilà le résultat de huit événements de levées de dons orchestrées par Obole Digitale depuis fin septembre, pour 20 associations et 62 projets solidaires et innovants ! Le plus souvent, les montants collectés dépassent la somme escomptée, parfois dans des proportions phénoménales.

Un tel succès relève-t-il de la magie dans un contexte morose de crise des dons ? « Ce n’est pas magique ! Rien n’est dû au hasard. Nos équipes ont travaillé d’arrache-pied pendant 9 mois », nous révèle Claire d’Harcourt, à propos de la désormais réputée Nuit du Bien Commun, dans un premier entretien à retrouver ici.

« Rien n’est dû au hasard »

La jeune salariée d’Obole Digitale chef de projet sur La Nuit du Bien Commun (Obole Digitale en est le partenaire principal) y donne quelques explications. En bref :

  • coaching des porteurs de projets pour réaliser le pitch le plus percutant possible,
  • travail sur le son, la lumière et les images pour embarquer les donateurs,
  • relance des donateurs pour transformer quasi 100% des promesses de dons en moins de 2 mois.

Suite et fin de l’interview, avec de nouvelles clés pour comprendre un tel succès…

Notons que les événements de levées de dons peuvent rassembler plusieurs associations exposant un ou plusieurs projets (format de La Nuit du Bien Commun) ou présenter plusieurs projets portés par une seule organisation (format de La Grande Soirée pour l’eau de l’association Vision du Monde). Ils s’effectuent la plupart du temps en soirée, mais peuvent aussi faire l’objet d’un déjeuner ou d’un dîner.

« Rien n’est dû au hasard », pas même l’accueil des donateurs…
ici, avec les élèves de saint Jean de Passy
crédit : François-Régis Salefran

Combien d’associations se sont manifestées lors de l’appel à projets de La Nuit du Bien Commun, au printemps dernier ? 

Nous avons reçu 146 dossiers entre février et avril 2019, contre seulement 30 en 2017, pour la première édition. Je pense qu’il est devenu incontournable de postuler à La Nuit du Bien Commun. Toutes les grandes associations et fondations finissent par la connaître (…) Depuis quelques mois aussi, avec toutes ces événements de levées de dons, Obole Digitale prend sa place sur la planète « collecte de fonds ».

Comment passer de 146 à 12 lauréats ? 

Le conseil d’administration du fonds de dotation, la structure juridique de La Nuit du Bien Commun, a pré-sélectionné 20 dossiers. Puis les 20 associations retenues ont présenté leurs projets de financement devant un jury fin mai dernier. Un grand oral en somme : 4 minutes de pitch sans support et 3 minutes de questions/réponses.

Qui compose le jury ? 

Les principaux collaborateurs de l’événement : les chefs d’entreprise et philanthropes qui constituent le comité de soutiens de La Nuit du Bien Commun. Ainsi que les sponsors, qui s’engagent à couvrir financièrement les frais de la soirée. Les impliquer ainsi revête une grande importance : devenus de véritables ambassadeurs, ils évoquent l’événement autour d’eux, invitent largement dans leurs réseaux, puis participent activement à la levée de dons. D’où le soin que nous leur témoignons.

crédit : François-Régis Salefran

Obole Digitale
prend sa place
sur la planète
« collecte de fonds »

Sur quels critères sont sélectionnés les projets associatifs présentés à La Nuit du Bien Commun ? 

Nous sélectionnons des « pépites » qui agissent localement, ont moins de 10 ans d’existence et un budget inférieur à un million d’euros. Sans oublier de présenter des thématiques variées. Il est impératif de captiver les donateurs. Or, sur le format d’une soirée, ceux-ci donnent peu pour des associations renommées et estimées par beaucoup : « Elles n’ont pas besoin de moi », pensent-ils souvent, quand bien même ils peuvent se tromper.

Quelles garanties donnez-vous aux donateurs pour que l’argent collecté ne finissent pas par renflouer une start-up se révélant a posteriori trop fragile ? 

D’une part, nous ne choisissons que des associations garantissant leur pérennité, rassemblant un minimum de salariés et prouvant leur capacité à se développer et à essaimer.  D’autre part, nous recommandons chaudement aux assos lauréates de financer sur leurs fonds propres toute dépense liée à l’événement. Elles peuvent alors dire que 100% des fonds récoltés lors de la levée de dons alimentent les projets présentés.

Les événements de levées de dons permettent-ils aux lauréats de passer un cap ? 

C’est tout à fait possible, d’autant que les associations lauréates sont en pleine phase de développement. Nombre d’entre elles demandent des fonds pour se structurer davantage, embaucher un directeur opérationnel par exemple. Pour ouvrir aussi de nouvelles antennes ou lancer de nouveaux services.

crédit : François-Régis Salefran

Mettre tout le monde
autour de la même table,
voilà l’intérêt
des événements
de levées de dons

Est-ce donc utile de se présenter deux fois, d’une année sur l’autre ? 

Les donateurs le réclament ! Une fondation a collecté trois années de suite à La Nuit du Bien Commun, avec un succès grandissant. Jusque là, elle a pu mettre sur pied une pédagogie éducative pour des enfants scolarisés en campagne. Désormais, elle va pouvoir restaurer un château laissé à l’abandon et y déménager l’école, située alors dans un ancien supermarché réaménagé. Elle va ainsi pouvoir offrir un cadre hautement plus propice à la croissance des élèves.

Avec la notoriété grandissante des événements de levées de dons, ceux-ci deviennent de formidables coups de projecteur sur les lauréats ? 

Les associations qui collectent gagnent nettement en notoriété. Si certaines sont déjà connues du grand public, elles leur deviennent alors plus proches, leurs domaines d’intervention et leurs projets deviennent plus tangibles. Nombre de pépites inconnues sont aussi mises sur le devant de la scène pour la première fois. Ainsi, les fruits d’un tel événement dépassent largement le cadre de la collecte de dons : les lauréats partent certes avec de nouveaux fonds, mais aussi avec une plus grande visibilité, une image plus forte, un carnet d’adresses étoffé et de nouveaux partenariats.

Un cercle vertueux en somme : les dons continueront alors d’affluer ! En ce sens, le cocktail servi en fin d’événement n’a rien d’un amuse-gueule pour se faire plaisir… 

Même si c’est un moment appréciable, surtout pour ceux qui ont mis la main à la pâte au cours de l’événement de levée de dons, le cocktail n’en reste pas moins une occasion à attraper coûte que coûte. Chaque asso tient une sorte de stand où donateurs, porteurs de projet, philanthropes et représentants de fondations peuvent tranquillement échanger. L’an passé, une asso avait levé en-deçà de ce qu’elle escomptait. Le pitcheur était déçu. Je l’ai revu après le cocktail, tout sourire ! Que s’était-il passé ? « J’ai fait de supers rencontres », m’explique-t-il. « Des fondations sont venues me voir, avec de nouveaux partenariats fructueux en poche. »

Mettre autour de la même table porteurs de projets, donateurs et acteurs du fundraising : voilà l’intérêt des événements de levées de dons, à l’ère du tout numérique. C’est certainement la première clé d’un tel succès.

Propos recueillis par Vianney Repain

Les événements de levées de dons rassemblent associations, porteurs de projet, donateurs, philanthropes, fondations, fundraisers. La magie prend ainsi !
crédit : François-Régis Salefran
Plus d'un million d'euros ont été collectés à la 3e édition de La Nuit du Bien CommunStanislas Billot de Lochner a co-fondé Obole Digitale en 2016